Science et innovation dans un espace collectif multiacteurs. Compte-rendu du séminaire SmartCitizens

Comment faire de la science et de la co-innovation, c’est-à-dire créer un espace collectif pour un travail collaboratif multiacteur innovant ? C’est la question que nous avons posé lors du séminaire du 30 novembre 2017 du collectif SmartCitizens sur lequel nous voulons revenir aujourd’hui alors qu’il y a au moins une triple actualité :

– la Ville de Paris vient de faire signer aux grands opérateurs immobiliers une charte autorisant l’occupation des locaux vides par des acteurs sociaux ou culturels, dans l’attente de travaux (plus d’infos ici)

– nous sommes lauréat pour un CitéoSquare à Nanterre (voir l’article de Benjamin sur le futur tiers-lieu du bien-vivre à Nanterre ici et mon article sur le projet global de Nanterre ici).

– nous lançons un réseau national et de la formation des gérants d’hostels participatifs (voir l’article de Benjamin ici).

Science Sebastien Poulain

Les intervenants :

Ollivier Lenot est le responsable du programme « territoires d’innovation et de grande ambition » de la Caisse des dépôts et des consignations.

Spécialisé depuis une dizaine d’années dans l’organisation de l’innovation collaborative (cluster), Marc Desforges développe ce savoir-faire au sein de Crois/Sens qu’il a fondé en 2014. Il a contribué à la création d’une centaine d’entreprises. Il a également créé les processus et la plateforme numérique permettant l’émergence de projets initiés avec les citoyens.

Marc Fournier a travaillé dans l’éolien, la robotique et les hackerspaces suite à des études en science avant de co-fonder La Paillasse dont il est le directeur aujourd’hui.

Science Sebastien Poulain
Dr Sébastien Poulain, docteur en Sciences de l’information et de la communication, chargé de recherche au sein de Crois/Sens. Il est cofondateur de Doctrix (blog Educpros / L’Etudiant de valorisation du doctorat), Humanitudes (association pour faire le lien entre les sciences humaines et sociales et les non académiques) et Doc’Door (maison du doctorat).

Les interventions :

  • Olivier Lenot débute la discussion en faisant un bilan de l’évolution de l’AMI TIGA qui vise déjà à saisir des dynamiques dans les territoires : 117 candidatures, 40 auditions pour 20 lauréats. La rédaction du cahier des charges l’AAP TIGA a démarré pour sélectionner les candidatures qui doivent arriver avant noël 2018. Il fait part de son intérêt pour certains concepts traités lors du séminaire SmartCitizens : capacitation, appropriation des enjeux sociétaux dans les usages, de débat, participation, co-innovation, confiance… Il profite également de ce moment pour rappeler la problématique centrale de TIGA : « comment est-ce que de nouvelles formes de gouvernance qui associent les usagers / les citoyens, les pouvoirs publics territoriaux, les universitaires, les entreprises sont en capacité et assez solides pour infléchir les cours de projets ? ». Olivier Lenot insiste sur le fait que ce troisième Plan d’Investissement d’Avenir quittait le seul registre subventionnel (il y aura bien des subventions à hauteur d’1/3) pour que la Caisse des Dépôts et Consignation puissent prendre des participations en investissant en fonds propres dans des sociétés et structures qui vont réaliser des projets qui concourent à l’innovation territoriale.
  • Marc Desforges ajoute que les grandes ambitions ont des coûts élevés et nécessitent donc des financements importants. De plus, il faudra créer des structures qui peuvent recevoir des fonds propres (comme des SCIC par exemple). L’AMI a pour effet de mettre en tension les collectivités territoriales car elles doivent impérativement faire participer les citoyens à l’identification d’une « grande ambition » partagée sur un territoire.
  • Sebastien Poulain explique comment il a abouti à l’idée de créer une maison du doctorat suite à son investissement dans la valorisation socio-économique des doctorants et docteurs. Ce projet consiste à faire en sorte que ces derniers s’impliquent sur leur territoire, non seulement pour présenter et expliquer leurs travaux de recherche aux personnes intéressées par la science (médiation des sciences) mais aussi pour participer à des projets collectifs (médiaction scientifique) de co-développement, de co-animation, ou de co-innovation. Habitant/Résidant dans cette « maison urbaine de la recherche » elle-même, ils pourront ainsi participer à l’animer : co-animer des résidences à destination des chercheurs qui seront pensées pour s’adapter à leurs besoins spécifiques – en termes financiers mais aussi pour leur mode de vie professionnel – en organisant des événements de valorisation scientifique, en formant à la recherche et science participative, en conseillant des entreprises ou associations grâce à leurs expertises…
  • Marc Desforges en profite pour souligner que la France est le 3ème pays d’accueil de chercheurs, mais qu’il n’y a pas de lieu d’accueil adaptés pour eux/elles. Par ailleurs, il soulève la question de la participation de ces chercheurs à l’écosystème de co-innovation socio-économique dans un quartier. Elle est nécessaire mais elle pose des difficultés en termes de gouvernance : un tiers-lieu peut faciliter l’innovation, mais la question de son pilotage est essentielle. Plusieurs conditions semblent prévaloir pour qu’un tiers-lieu puisse effectivement favoriser la co-innovation :
  • être ouvert à toutes les populations (chômeurs-ses, personnes en situation de handicap dont Xavier Doublet a souligné la nécessité) : la mixité sociale est fondamentale,
  • être situé en centre-ville donc accessible,
  • traiter de de thèmes sociétaux et interdisciplinaire (technologique, sciences humaines, santé),
  • créer de débats et générer de projets à petite et grande échelle (design thinking, makers, ESS, start up),
  • accueillir avec de la bienveillance et de la confiance pour que des collaborations se mettent en place, il faut aussi ; c’est l’expérimentation que nous observons aujourd’hui au Café UtopiC à Mirecourt,
  • laisser du temps pour que les idées germent, qu’elles suscitent des réactions, qu’elles maturent, qu’elles soient appropriées pour pouvoir se développer plutôt que de donner du « prémâché » aux citoyens (c’est ce qu’encourage Denis Hameau, spécialiste de la SmartCity).

Le nombre de tiers-lieu augmente fortement en France, mais elle en retard par rapport aux Etats-Unis. Par ailleurs, les problèmes de socialisation concernent les doctorants mais aussi les entrepreneurs et de nombreux autres acteurs du territoire, donc il n’y a pas de problème de surplus.

  • Enfin, Marc Fournier revient sur la genèse de La Paillasse : un simple garage de banlieue mais très innovant et participatif. La philosophie originelle et originale : pour savoir ce qui se passe dans un laboratoire et éventuellement participer à ce qui s’y passe, il faut déjà pouvoir y entrer. La Paillasse prend en compte et valorise l’évolution des métiers et des besoins en compétences, le développement du collaboratif, l’interdisciplinarité. L’innovation sociale commence à être valorisée monétairement et financièrement, à l’image de Sony qui a demandé à La Paillasse de produire un capteur de température biodégradable en utilisant une boite à gants ! Pour cela, il faut faire tomber les barrières intellectuelles et outillées grâce à l’échange, le partage, la transmission d’informations. C’est ce qui nous permet de produire de la science, c’est-à-dire construire de la connaissance nous-mêmes à partir de l’expérimentation, des données numériques, de la recherche d’information. La Paillasse s’appuie sur le fait que les chercheurs des laboratoires publics ou privés n’ont pas les moyens humains de récolter des grandes quantités d’informations simultanément dans la nature par exemple. C’est ce qui se passe dans le cadre du projet-concours Epidemium, spécialisé sur le traitement du cancer, appuyé sur le big data dans le domaine de la santé, financé par l’entreprise Roche, piloté par un comité scientifique, animé par l’équipe de La Paillasse et où chacun peut travailler selon ses compétences et disponibilités (médecins, data scientists, chercheurs, citoyens amateurs intéressés par la science). Cette science participative ou science citoyenne est de plus en plus encouragée, soutenue, valorisée par l’Europe, le ministère, le CNRS (mission « Sciences ouverte » de Marin Dacos ; Alliance sciences sociétés Alliss). Au final, La Paillasse et son écosystème sont bien en capacité aujourd’hui de publier des articles scientifiques dans des revues scientifiques classiques.
Science Sebastien Poulain

Suite aux discussions, nous avons fait une visite de La Paillasse que nous remercions pour le fait d’avoir rendu possible l’événement :

Science Sebastien Poulain

Présent-e-s en plus de l’équipe Smartcitizen :

Lors de ce séminaire qui s’est tenu exceptionnellement à La Paillasse, une trentaine de personnes sont présentes : principalement des chercheurs (Pasteur, INRA et universités), mais aussi des représentants de collectivités territoriales intéressés par la science comme Denis Hameau (Conseiller Municipal et Conseiller métropolitain à Dijon, délégué à l’enseignement supérieur et à l’innovation), Pauline Desbuisson (métropole de Lille, en charge de la démarche TIGA), John Huet (adjoint au Maire de Lons Le Saunier), ou entreprises avec Xavier Doublet (Chef de projet TIH BUSINESS), Lito Achimastos (HEMERE Consulting) et Joannie Leclerc (Governance and Dialogue Manager, Sustainable Development Department, SUEZ).

Pour en savoir plus sur nos autres séminaires SmartCititzens, lire les références ci-dessous.

Dr Sebastien Poulain

Chargé de recherche

Références :

CLERGEAU Christophe, DESFORGES Marc et GILLI Fréderic (Collectif Smartcitizens), Tribune « Pour un droit à la co-innovation », crois-sens.org, 17/05/2017, http://crois-sens.org/2018/09/17/le-collectif-smartcitizens-pour-un-droit-a-la-co-innovation/ et http://crois-sens.org/wp-content/uploads/2018/09/Tribune-collectif-Smartcitizens-Pour-un-droit-à-la-co-innovation-mai-2017.pdf

CORDOBA Vanessa, DESFORGES Marc et GILLI Fréderic, « Territoires et innovation », Travaux (Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires), volume 17, La Documentation française, Collection Travaux / DATAR, Paris, 2013, 107 pages, https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb436436720.public

COURPASSON David et MOREL Camille, « Etudier la coopération renforcée : compte-rendu du séminaire du 13 Juin 2017 du Collectif SmartCitizens », crois-sens.org, 23 octobre 2018, http://crois-sens.org/2018/10/23/etudier-la-cooperation-renforcee-par-camille-morel-et-david-courpasson/

DESFORGES Marc, « Introduction du séminaire SmartCitizens du 15 juin 2017 », Chaine YouTube Crois-sens, https://youtu.be/fE_zQRPNIEs

DESFORGES Marc, « Conclusion du séminaire SmartCitizens du 15 juin 2017 », Chaine YouTube Crois-sens, https://youtu.be/E5_-ac8_YP0

DESFORGES Benjamin, « CitéoSquare : Crois/Sens ouvrira un nouveau tiers-lieu du bien-vivre à Nanterre », crois-sens.org, 28 juin 2019, http://crois-sens.org/2019/06/28/citeosquare-crois-sens-ouvrira-un-nouveau-tiers-lieu-du-bien-vivre-a-nanterre/

DESFORGES Benjamin, « Lancement du réseau national et de la formation des gérants d’hostels participatifs », crois-sens.org, 22 juillet 2019, http://crois-sens.org/2019/07/22/reseau-national-formation-gerants-hostels-participatifs/

LENOT Olivier, DESFORGES Marc et GILLI Frédéric, « Interprétation de l’AMI « Territoires d’Innovation de Grande Ambition » (TIGA) », séminaire SmartCitizens du 15 juin 2017 https://youtu.be/23PP2ICEcj4

MOREL Camille, « Ollivier Lenot de la Caisse des Dépôts explique les enjeux de l’AMI « Territoires d’Innovation et de Grande Ambition » », crois-sens.org, 24 septembre 2018, http://crois-sens.org/2018/09/24/ollivier-lenot-de-la-caisse-des-depots-explique-les-enjeux-de-lami-territoires-dinnovation-et-de-grande-ambition/

POULAIN Sebastien, « Crois/Sens co lauréat de l’appel à projet « Inventons la Métropole du Grand Paris 2 » avec le projet « Nanterre Partagée » », crois-sens.org, 27 juin 2019, http://crois-sens.org/2019/06/27/crois-sens-laureat-inventons-la-metropole-du-grand-paris-2-nanterre-partagee/

POULAIN Sebastien, « Repenser les rôles entre public et privé pour mieux financer le Bien-Vivre par Marc Desforges », crois-sens.org, 20 septembre 2018, http://crois-sens.org/2018/09/20/repenser-les-roles-entre-public-et-prive-pour-mieux-financer-le-bien-vivre-par-marc-desforges/

POULAIN Sebastien, « Introduction au séminaire SmartCitizens », crois-sens.org, 13 septembre 2018, http://crois-sens.org/2018/09/13/introduction-au-seminaire-smartcitizens/

POULAIN Sebastien, « Le Guide Smart Citizen pour un territoire d’innovation enfin publié ! », crois-sens.org, 16 mai 2019, http://crois-sens.org/2019/05/16/le-guide-smart-citizen-pour-un-territoire-dinnovation-enfin-publie/

POULAIN Sebastien, « Pour une maison urbaine de la recherche », bien-vivre-maintenant.fr, 7 juillet 2017, https://bien-vivre-maintenant.fr/defis/pour-une-maison-urbaine-de-la-recherche/

POULAIN Sebastien, « Sebastien Poulain interrogé par Baptiste Gapenne de Territoires audacieux », docdoorblog.wordpress.com, 3 septembre 2019, https://docdoorblog.wordpress.com/2019/09/03/sebastien-poulain-interroge-par-baptiste-gapenne-de-territoires-audacieux/

POULAIN Sebastien, Doc’Door, la maison du doctorat devrait bientôt ouvrir ses portes, Cartes sur tables, 8/12/16, http://www.cartes-sur-table.fr/pour-une-maison-du-doctorat/ et http://cartes-sur-table.fr/wp-content/uploads/2016/12/CST_Pour-une-maison-du-doctorat.pdf

POULAIN Sebastien, « Pour une maison des docteurs », Educpros, 28/11/16, http://www.letudiant.fr/educpros/opinions/pour-une-maison-des-docteurs.html

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